Une prédation catastrophique

Le 17/02/2021 à 11:52

Simone Roy est « dans un état d’écoeurement complet ». Fille, épouse et mère de mytiliculteurs installés à Saint- Jacut-de-la-Mer (Côtes-d’Armor) depuis soixante ans, elle voit l’avenir s’assombrir mois après mois pour ses concessions placées en baies de l’Arguenon et de la Fresnaye. « En 2019, la prédation nous a fait perdre entre 30 et 50 % de notre production en baie de l’Arguenon, et 100 % en baie de la Fresnaye, soupire-t-elle. En 2020, on a été sinistré entre 70 et 80 %. » Pour être clair, la SARL Roy a produit 30 tonnes de moules sur les 130 tonnes habituelles. La faute aux effets cumulés et alternatifs des attaques de dorades, goélands, araignées, bernard-l’hermite et bigorneaux perceurs, liguant leurs efforts pour piller les deux baies costarmoricaines sur lesquelles travaillent une quinzaine d’entreprises mytilicoles. Si les goélands peuvent être relativement tenus à distance par les campagnes d’effarouchement, c’est nettement plus compliqué concernant les dorades, qui n’ont pas de prédateurs, et les araignées de mer. « On cherche des solutions en permanence. » Éric Roy et ses employés attaquent la pose du quatrième filet sur leurs pieux. « Un gros investissement pour nous, chaque kilomètre est facturé 5 500 €, auxquels il faut ajouter les cerceaux. » Le tout, Simone Roy le souligne, « sans aucune subvention, aucun dédommagement et sans l’aide des assurances », les mytiliculteurs n’étant pas assurés pour une perte d’exploitation lorsque celle-ci est liée à une catastrophe naturelle. « Or là, c’est une prédation. Ils jouent sur les mots. »

FAILLITE

Les professionnels des baies de l’Arguenon et de la Fresnaye se sentent aujourd’hui terriblement fragiles. « C’est catastrophique ! Le métier va disparaître. Cet été, suivant ce qui va se passer, il y aura quinze producteurs de moules qui vont faire faillite », pressent la mytilicultrice. Au CRC, on assure prendre toute la mesure de la situation. « C’est l’un de nos dossiers prioritaires, reconnaît le directeur Benoit Salaun, mais on n’arrive pas à obtenir d’aides directes car aucun dispositif n’existe actuellement pour les entreprises subissant ce type d’impact. » Le prochain fonds européen pourrait permettre un système assurantiel d’ici quelques années. « Mais il y aura des cotisations à faire en face. » Bruno Saussier