Le sujet de la qualité des eaux est, pour nous, plus dangereux que le Covid-19. »

Le 10/06/2021 à 10:21

Face aux incertitudes économique, législative et sanitaire, le président du syndicat des écloseries et nurseries de coquillages dessine les contours d'un secteur chahuté.

Comment les écloseries se sont-elles organisées face aux à-coups économiques en 2020 ?

Pour avoir une vue d'ensemble sur l'année, il faut remonter au mouvement des gilets jaunes qui a suscité quelques tensions chez les producteurs. Il s'agissait des premiers grains de sable. Puis le norovirus est arrivé, entraînant des demandes de report sur les précommandes enregistrées. De notre côté, nous avons entretenu le stock, bridé sa croissance et arrêté la mise en production de nouveaux naissains. Nous les avons relancés en juin pour les ventes d'automne mais, à partir de septembre, la phase d'embellie s'est brutalement arrêtée et les précommandes ont encore été reportées.

Comment voyez-vous évoluer le marché dans les mois à venir ?

Je pense que la consommation va repartir très fort et que nous n'y sommes pas préparés. Comme les producteurs ont gelé leurs approvisionnements, il va y avoir un trou dans le cycle de production et donc un manque d'offre. Or, je n'ai pas le sentiment qu'ils aient pris conscience de ce risque. Par ailleurs, tant qu'on ne sentira pas cruellement le manque d'huîtres, les prix ne se rétabliront pas. Il y a une vraie bagarre sur les prix en ce moment. Le T6, qui se vendait entre 9 et 10 euros en 2019 a connu une chute de 10 à 20 %.

Qu'espérez-vous du plan de relance ? C'est un soulagement d'être intégré dans ce dispositif, à condition d'avoir des perspectives pour lancer de nouveaux projets. Ce qui n'est pas forcément facile en ce moment. Mais il est certain que ceux qui se relèveront le mieux de cette crise seront les audacieux.

Après le choc du norovirus, avez-vous le sentiment que le sujet de la qualité de l'eau est perçu comme prioritaire par les autorités ? Je vais être optimiste et dire qu'on sent un frémissement, mais c'est loin d'être suffisant. Le sujet de la qualité des eaux est plus dangereux que le Covid-19 pour les conchyliculteurs. Et c'est forcément décourageant de louer une concession pour faire des produits de bonne qualité sanitaire et de s'entendre dire « débrouil-lez-vous » en cas de problème.

LES ÉTUDES SUR LE CARACTÈRE HÉRÉDITAIRE DE VIBRIO AESTURIANUS SONT ENCOURAGEANTES. »

« CEUX QUI SE RELÈVERONT LE MIEUX SERONT LES AUDACIEUX. »

Pourtant la mobilisation de la profession est là.

Oui, et elle est cruciale car nous allons devoir composer avec cette problématique. Même en cas de forte mobilisation des autorités, il faudra sans doute attendre une dizaine d'années pour voir des progrès significatifs. J'attends aussi avec impatience les résultats des études sur le caractère pathogène du norovirus.

Quel bilan pouvez-vous tirer du travail de sélection en cours pour améliorer la résistance face à la bactérie Vibrio aesturianus ?

Nous avons commencé à voir des résultats satisfaisants avec la première cohorte, initiée il y a trois ans, mais il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions. En revanche, les dernières études sur le caractère héréditaire de Vibrio aesturianus sont encourageantes. Nous pensions que la résistance à la bactérie ne se transmettait aux descendants qu'à hauteur de 20 à 30 % contre 70 % pour l'herpès virus. Il s'agirait plutôt d'environ 40 %.

Le projet d'étiquetage des huîtres est toujours sur la table avec un rapport du Comité national de la conchyliculture attendu avant l'été. Comment voyez-vous évoluer ce dossier ?

Ce qui est certain c'est que, même si l'obligation d'étiqueter n'aboutit pas dans les mois à venir, le dossier est sur la table. Je sais qu'on saura défendre nos produits mais je me demande pourquoi, sur tous les produits polyploïdes disponibles sur le marché, seules les huîtres seraient concernées par l'étiquetage. Et comment fera-t-on pour contrôler ces étiquetages sachant qu'il existe naturellement des huîtres triploïdes en mer ? Je trouve dommage qu'on fasse autant de polémique sur un tel sujet.