L'heure du bilan pour Forever

Le 14/06/2021 à 17:27

L'Ifremer a publié le rapport final de la première phase du programme Forever sur l'huître plate (2018-2020). Un bilan scientifique et des propositions pour les professionnels.

L'objectif du programme Forever était de proposer un inventaire des dernières populations d'huîtres plates encore présentes en Bretagne. En plus de celles connues précédemment en rade de Brest et baie de Quiberon [voir notre dossier captage], plus d'une dizaine de petites populations ont été relevées à l'échelle de la Bretagne. Dont six mériteraient d'être classées comme sites pilotes, précise le rapport. D'abord le banc de Penthièvre, en baie de Quiberon, qui présente les plus fortes densités, supérieures à 20 individus par mètre. Le rapport préconise un enrichissement en substrats adaptés pour ce site affichant un recrutement naturel fort, malgré le manque de supports favorables à l'espèce. Le document propose aussi de classer les bancs finistériens de Penfoulic, du Perennou, du Roz et de l'île Chevalier, ainsi que le banc du che-nal de Saint-Jean, dans le Morbihan.

Le rapport précise aussi les conditions de recrutement de l'huître plate. À commencer par un seuil thermique qualifié de haut – 18 voire 19 à 20 °C – pour le développement des larves, une circulation hydrodynamique permettant une faible dispersion de celles-ci et, si la présence de bancs dans les rivières côtières indique que cette espèce peut supporter des dessalures modérées, les chercheurs remarquent qu'elle y est moins tolérante que l'huître creuse.

Le projet Forever a ensuite listé les freins au développement naturel de l'huître plate, soit l'absence de support, la prédation, la persistance des parasites Marteilia et Bonamia, la sédimentation accrue depuis les bassins-versants associée à la dégradation de l'habitat et enfin la pression de la pêche, profession-nelle et récréative. Mais le rapport précise, au vu des capacités d'autorecrutement significatives voire élevées de l'espèce : « La moindre levée d'une ou plusieurs contraintes peut rapidement aider la population à se rétablir, au moins partiellement. » À titre d'exemple, la population de l'Odet, interdite à la pêche et subissant peu de pressions par les prédateurs en l'absence de bigorneaux perceurs, présente des densités parmi les plus élevées observées. C'est aussi un site qui offre de nombreux supports (cailloux), au moins dans son chenal.

«LA MOINDRE LEVÉE D'UNE CONTRAINTE PEUT AIDER LA POPULATION À SE RÉTABLIR. »

Après expérimentation, le rapport propose des supports de fixation permettant de lever plusieurs de ces obstacles. Du plus simple au plus sophistiqué, on retrouve les coquilles d'huîtres creuses agrégées, les piquets-pieux à surface rugueuse, les grilles benthiques partiellement couvrantes, les structures arborescentes et les récifs calcaires à dimension variable. Les supports artificiels doivent impérativement offrir une structure tridimensionnelle permettant aux recrues de s'élever dans la colonne d'eau. Les expérimentations ont montré que la faible emprise au sol réduisait considérablement l'accessibilité au bigorneau perceur, et que la nature très fortement cohésive de l'huîtrière ainsi formée semblait empêcher la prédation par les dorades. L'éloignement de la couche limite du fond semble également permettre des croissances plus rapides. Et enfin, au bout de deux ans et demi d'expérimentation sur ce type de sup-port, les mortalités liées aux parasites Marteilia et Bonamia, pourtant tous deux présents sur site, apparaissent particulièrement faibles, notamment pour le parasite Marteilia qui s'accumule dans les sédiments.

Toutefois, le rapport précise que malgré les initiatives de gestion locales, un manque de coordination à l'échelle régionale et nationale, apparaît probablement comme « l'une des causes ultimes empêchant le retour significatif de l'espèce » .