Philippe Potin :« L'algoculture ne pourra atteindre son potentiel sans efforts internationaux coordonnés. »

Le 28/06/2021 à 13:35

Ce directeur de recherche au CNRS à la station biologique de Roscoff est membre fondateur d'une initiative internationale destinée à porter le développement vertueux des grandes algues marines.

Pourquoi avoir lancé, le 17 mars dernier, l'initiative Safe Seaweed Coalition, rassemblant des chercheurs mais aussi des producteurs et transformateurs de grandes algues ?

L'algoculture est le pan de l'aquaculture qui connaît la croissance la plus rapide, soutenu par des investissements privés comme publics et porté par un consensus scientifique. Elle apporte des solutions en matière de nutrition humaine mais aussi en réponse au changement climatique avec des concessions d'algoculture bien pensées pouvant servir de puits de carbone. Voilà pourquoi, par exemple, l'aquaculture multitrophique intégrée nous semble indispensable. Cependant, le secteur des algues marines ne pourra atteindre son potentiel, notamment en matière de sécurité alimentaire, sans efforts internationaux coordonnés.

Quelles sont les thématiques que vous souhaitez aborder au sein de cette coalition ?

Le comité de pilotage ne souhaite pas imposer de thématique mais répondre à des besoins exprimés par les membres de la coalition. Toutefois, certains sujets se dégagent d'ores et déjà. Le secteur connaît ainsi des différences de réglementation en matière de teneur d'iode pour les algues brunes. L'Union européenne impose des niveaux cent fois inférieurs à ce qui est autorisé en Asie. Or, si on avait adopté ces seuils pour les pommes de terre, par exemple, on ne pourrait même pas les commercialiser ! Les producteurs européens ne sont pas les seuls à connaître des freins réglementaires car nos interlocuteurs outre-Atlantique rencontrent les mêmes barrières en matière de sécurité alimentaire.

LE COMITÉ NE SOUHAITE PAS IMPOSER DE THÉMATIQUE MAIS RÉPONDRE À DES BESOINS. »

«LA PREMIÈRE SESSION D'APPEL À PROJETS EST PRÉVUE AU MOIS DE JUIN. »

Il existe également des disparités en matière de labellisation des zones bio. L'harmonisation internationale est-elle possible ?

du développement de la filière.

Mais il y a de vraies différences de perception sur la question. Les producteurs américains ou asiatiques sont par exemple moins enclins à certifier les algues que les producteurs européens qui y ont un véritable intérêt commercial. Et l'application de la certification bio est contrastée, y compris au sein de l'UE.

Quels projets émergent localement ?

Les entreprises françaises sont mobilisées pour aider au développement de l'analyse des contaminants, une piste que les travaux du cluster algues dans le pays de Brest ont permis de structurer. Nous manquons de matériaux de référence, sous forme de poudre d'algue, pour l'analyse des taux de cadium ou d'arsenic. Toutes les variétés ne sont pas logées à la même enseigne puisque nous disposons aussi de matériaux établis en Asie, pour la laitue de mer par exemple. Mais nous avons fait machine arrière sur d'autres variétés car l'organisme japonais qui les mettait à disposition ne le fait plus. La coalition pourrait donc soutenir le coût d'établissement de ces matériaux en France : il s'agit de récolter et sécher suffisamment d'échantillons puis de les analyser pour environ 250 euros par pièce à l'heure actuelle. Cela nécessite aussi d'encourager les laboratoires à intercalibrer leur matériel.

Concrètement, comment allez-vous fonctionner ?

Nous sommes soutenus par la fondation Lloyd's Register avec un budget initial de 3,5 millions d'euros. La première session d'appel à projets sur le thème de la sécurité alimentaire devrait se tenir au mois de juin et une seconde est prévue à l'automne. Nous souhaitons intervenir en cofinancement, sachant que nous pouvons pour l'instant mobiliser de 30 000 à 40 000 euros par projet. À moyen terme, nous désirons également pérenniser la coalition avec un modèle d'association internationale indépendante, dans les trois à quatre prochaines années, et trouver d'autres sources de financement pour multiplier par quatre notre budget dans les trois ans à venir.