Valoriser les moules sous taille

Le 28/06/2021 à 13:46

Le casse-tête de la valorisation des moules sous taille occupe l'entreprise Cultimer et ses universités partenaires de Beauvais et Compiègne depuis quatre ans. Avec l'installation d'une unité pilote, ils finalisent la validation des tests réalisés en laboratoire.

Posé sur le port du Vivier-sur-Mer, le conteneur blanc abritant une bioraffinerie fonctionne à plein régime sous les regards attentifs de Jean-Marie Grosmaitre, directeur des sites de Cultimer, et Maël Mercier-Huat, doctorant de l'université de Compiègne. La phase de test de cette unité de valorisation de moules sous taille, retardée de quatre mois en raison de la crise sanitaire, doit durer jusqu'à la fin de l'année et pourra aboutir à des installations de transformateurs chez les mytiliculteurs lors de la saison 2022.

L'objectif de Cultimer est de pouvoir installer des modules de transformation des moules sous taille au cœur même des chantiers mytilicoles. Un ou plusieurs, en fonction du volume à transformer, sachant que l'unité traite 50 kilos par jour. « Et ce sont des dispositifs qui peuvent facilement être mis en sommeil hors saison, sans frais d'infrastructure à assumer, ce qui répond bien aux demandes saisonnières de la profession », précise Jean-Marie Grosmaitre.

Concrètement, les moules sous taille sont d'abord broyées avant d'être chauffées à 70 °C pendant une heure. « Cela permet d'éviter toute bactérie potentiellement dangereuse, sachant que les coquilles broyées, isolées de la chair après cette étape, peuvent être directement épandues dans des champs », précise Maël Mercier-Huat. La chair des moules est ensuite chauffée pendant trois jours avec de l'eau et du digestat qui peut venir d'un méthaniseur partenaire. « À terme, nous pourrions envisager de fonctionner de façon circulaire en prélevant une partie de la production pour relancer un nouveau cycle », précise le chercheur, qui testera cette possibilité plus tard dans l'année.

À la fin de cette transformation, on obtient un liquide destiné à devenir un booster de méthanisation, qui sera réfrigéré pour que les acides gras demeurent intacts pendant le transport et le stockage préalables à sa transformation. « Le gros avantage de cette valorisation est de s'intégrer dans une filière existante », précise Jean-Marie Grosmaitre, qui salue les différentes solutions de transformation de moules sous taille actuellement en test. « Je ne crois pas en une solution unique », confirme Sylvain Cornée, vice-président du comité régional conchylicole de Bretagne nord et voisin de l'installation sur le port du Vivier-sur-Mer.

APPLICATIONS Afin de valider la technologie brevetée par Cultimer, l'unité pilote développe l'ensemble du processus industriel avec un méthaniseur qui génère du biogaz utilisé comme combustible dans un générateur électrique. Mais les modules qui seront à terme proposés aux producteurs s'arrêteront avant ces étapes finales, à la charge des métha-niseurs industriels. Sortiront donc du module des coquilles broyées, utilisables en l'état par l'agriculture ou destinées à la transformation, et un liquide composé de la chair de moule que les méthaniseurs pourront utiliser. Celui de Dol-de-Bretagne est ainsi en train de passer l'agrément sanitaire permettant de transformer des sous-produits animaux.

D'autres applications seront aussi envisageables pour la production de biocarburants ou la chimie verte. Le processus de fermentation breveté permet d'isoler des acides gras volatils qui correspondent à des molécules plateformes biosourcées à haute valeur ajoutée. L'unité pilote va également permettre de tester la consommation des différents éléments du module et de paramétrer ces outils, pour établir la rentabilité énergétique du procédé.