Anticiper le changement climatique

Le 15/07/2021 à 10:44

Le programme de recherche CocoriCO2 cherche à tester l'adaptation des moules et huîtres au réchauffement et à l'acidification des eaux.

Nous allons étudier l'adaptation des animaux en matière de baisse de croissance, de mortalité et donc, in fine, de coût pour les producteurs, explique Fabrice Pernet, chercheur à l'Ifremer. Et ce qui est vraiment nouveau, avec ce programme, c'est que nous sortons du champ expérimental en observant les hui^tres et moules pendant deux à trois ans, soit sur plusieurs générations. Alors que les expérimentations précédentes portaient sur deux ou trois mois. » Les porteurs du projet CocoriCO2 aimeraient d'ores et déjà poursuivre les expérimentations à l'issue du financement Feamp pour étudier cette descendance. « On sait que les géniteurs immergés dans un environnement bas en pH donnent des larves plus résistantes mais cela pourrait venir d'œufs mieux dotés, explique Frédéric Gazeau, chercheur au CNRS. On ne sait pas si cette meilleure résistance de la descendance persiste aux autres stades de la vie. »

Pour mener à bien ce programme, deux modules de recherche ont été conçus. Ils soumettront les animaux à trois scénarios distincts, basés sur les travaux du Giec. « Les scénarios sont affinés en permanence et prennent de mieux en mieux en compte les spécificités d'un écosystème côtier », précise Fabrice Pernet. Le premier module, qui accueillera des huîtres plates et creuses, a d'ores et déjà été installé dans le Finistère. Il sera pleinement opérationnel début septembre. Le second module, qui abritera des huîtres et moules, à Mèze, en Méditerrannée, ne débutera qu'en octobre ou novembte. « C'est sans doute mieux ainsi car les organismes sont très sensibles en été en Méditerranée », glisse Fabrice Pernet. L'eau de mer ne sera pas filtrée à l'entrée du module mais sa température et son pH seront modifiés. « On acidifie au maximum une réserve d'eau puis on fait des micro-ajouts dans chaque bassin », ajoute Fabrice Pernet. Les scienti-fiques fonctionneront en appliquant un écart donné par rapport aux conditions naturelles et les animaux ressentiront donc les changements de saison et les écarts à la norme. Par exemple, une canicule marine en Méditerranée comme celle observée pendant l'été 2019.

Schématiquement, les porteurs du projet CocoriCO2 s'attendent à observer davantage d'impacts sur l'acidification en Bretagne que dans le Sud – « car la mer Méditerranée est saturée en carbonate, donc les animaux peuvent aller puiser dans ce stock »– , alors que le module de Mèze pourrait rapidement atteindre les limites physiologiques en matière de température. En revanche, la problématique de la prédation ne pourra pas être appréhendée, faute de conditions réalistes en bassin d'expérimentation. « Mais on peut évaluer la fragilité des coquilles dans des conditions de bas pH, par exemple », précise Fabrice Pernet. Ce travail sur les modules est complété par une observation du milieu marin : douze sites, de Roscoff à l'étang de Thau, ont été équipés en sonde haute fréquence mesurant le pH.

Les premiers résultats sont attendus dans cinq à dix ans même si les informations sur les ampleurs saisonnières sur un site donné seront pertinentes à l'issue de la première année. Un travail d'enquête auprès des professionnels a aussi été mené par le CNC et l'université de Nantes. « Nous avons eu une forte participation, se réjouit Fabrice Pernet. Plus de 20 %, par exemple, pour la Bretagne nord contre 4 à 5 % habituellement ». Les données recueillies sont actuellement étudiées et seront complétées par un second questionnaire davantage axé sur les mesures de remédiation, le dernier volet du programme CocoriCO2.