Au secours des peupliers

Le 15/07/2021 à 10:20

Un groupe forestier partenaire du CRC 17 lance une nouvelle expérimentation d'économie circulaire, en déployant des poches ostréicoles dans le marais poitevin.

Les pistes de valorisation se multiplient en ce moment dans les bureaux marennais du comité régional conchylicole de Charente-Maritime. Outre le byssus [voir encadré], une expérimentation vient de voir le jour avec le déploiement de poches ostréicoles dans le marais poitevin. La Société d'exploitation de La forestière de Luché (SEFL), basée à Saint-Jean-de-Liversay (17), est à la manœuvre.

À l'origine de cette initiative, le dirigeant de la SEFL, Stéphane Fournier, se désolait de devoir utiliser des protections classiques pour protéger les jeunes pousses de peupliers contre les assauts des vaches, chèvres, moutons, chevreuils et autres sangliers. « Ce plastique a tendance à se déchirer au bout de quatre ou cinq ans, à se désagréger, il fallait vraiment trouver une alternative », explique-t-il. Un évident problème d'image pour le parc naturel régional du marais poitevin, labellisé Grand site de France, où l'entreprise bénéficie d'aides régionales pour planter des peupliers blancs du Poitou.

Déjà en lien avec le CRC de Charente-Maritime pour valoriser le byssus, le diri-geant a souhaité tester l'utilisation de poches ostréicoles dans les plantations. Bien sûr, le plastique reste de mise, mais cette réutilisation ne manque pas d'avantages : « Les poches ostréicoles sont plus grandes, plus résistantes, on peut facilement les retirer au bout de cinq ans, voire les réutiliser. » Actuellement à l'essai, ce dispositif protège 200 arbres récemment plantés sur la zone d'action de la SEFL. 500 autres poches sont utilisées chez des propriétaires privés, partenaires de la société.

Si le système s'avère concluant, Stéphane Fournier évoque les besoins « colossaux » du marais poitevin, sachant que 4 500 peupliers y sont plantés chaque année. « Nous travaillons en réseau avec d'autres exploitations forestières, nous pourrions aussi les inciter à utiliser ces poches », ajoute-t-il. Une bonne nouvelle pour le CRC, après l'arrêt du recyclage assuré par le fabriquant espagnol Intermas. Les 80 à 90 tonnes de poches ostréicoles auparavant acheminées chaque année vers Barcelone pourraient ainsi trouver une seconde vie, pour le moins inattendue.

Les études foisonnent depuis plusieurs années pour valoriser le byssus. Certains envisagent par exemple d'utiliser sa colle ultra-puissante – elle résiste aux UV, à l'eau, au sel, aux hautes et basses températures – pour la fabrication de prothèses osseuses. Mais pour l'heure, place à un premier débouché. Le byssus collecté chez une vingtaine de mytiliculteurs charentais va intégrer l'alimentation animale.

Comme pour les pousses de peupliers, on retrouve Stéphane Fournier, PDG de la société d'exploitation de La forestière de Luché, qui planche depuis plusieurs années sur le sujet en partenariat avec le CRC Charente-Maritime. L'entreprise est présente sur le marché de l'alimentation animale via sa maison mère, le groupe Leuké, en fournissant de la poudre de bois, un élément indispensable pour améliorer la satiété des animaux.

«  Or certains clients nous ont fait savoir que cette poudre de bois n'était pas assez enrichie, nous nous sommes donc tournés vers des sources potentielles de protéines animales », précise le dirigeant. Exit les farines animales, le byssus a rapidement attiré son attention grâce à ses propriétés nutritionnelles. Deux ans d'expérimentations viennent de s'achever avec des échantillons envoyés dans différents élevages (poules pondeuses bios, canards, porcelets, etc.). L'entreprise n'attend plus que les derniers documents administratifs pour expédier les premiers stocks de byssus chez les fabricants d'aliments.