Thierry Hélie :De bonnes relations sont possibles entre des intérêts initialement divergents. »

Le 15/07/2021 à 10:39

Le président du comité régional conchylicole Normandie - mer du Nord, par ailleurs président du secteur 1 huîtres creuses et plates au CNC, défend une posture de fermeté en matière environnementale.

NOUS SAVONS QUE LE RISQUE ZÉRO N'EXISTE PAS MAIS LES POLLUÉS NE SONT PAS LES POLLUEURS. »

Qu'apporte la zone Normandie - mer du Nord à la gestion conchylicole nationale ?

Notre région, qui alimente de nombreux centres d'expédition, est aussi le seul territoire à faire l'expérience d'un domaine public maritime dont la gestion est dévolue au conservatoire du littoral, dans l'archipel de Chausey. Nous avons ainsi l'habitude d'échanger sous des contraintes environnementales fortes, ce qui nous permet d'observer et de tester les résistances potentielles. Nous soutenons également une certaine appétence pour la science grâce à des structures régionales de recherche. Pour assurer un tuilage entre les deux programmes nationaux de recherche sur les méthodes de dosage des norovirus infectieux, Oxyvir 1 et 2, nous avons ainsi mis en place un programme normand, avec l'aide du Cenopac (Centre normand de la pêche, de l'aquaculture et des cultures marines). Il nous apparaissait vital de ne pas perdre de connaissances et de ne pas interrompre le suivi. Cela nous a permis de présenter une note au conseil consultatif de l'aquaculture (AAC) qui intervient auprès des institutions européennes.

Avez-vous terminé les profils de vulnérabilité des bassins-versants ?

Oui, pour la Normandie. Le plus ancien a été réalisé il y a une dizaine d'années et le plus récent il y a quelques mois. Pour la région Hauts-de-France, ce travail est en cours et nous prévoyons d'en sortir un chaque année. Ces profils de risque aboutissent à des plans d'action pour réduire les sources de pollution.

Par exemple ?

Pour éviter les mortalités importantes observées depuis le début des années 90 dans le bassin de la Vire sous l'effet de dessalures, nous avons demandé à intervenir sur les portes à flot, mais cela pouvait impacter les particuliers et agriculteurs riverains. Il a donc fallu mettre tout le monde autour de la table – sachant que ce bassin-versant est à cheval entre les départements de la Manche et du Calvados –, ce qui n'a pas été évident au départ. La relation de confiance nouée par ailleurs avec les agriculteurs (le CRC est membre associé de la chambre d'agriculture de la Manche) a été cruciale. Avec l'agence de l'eau, nous avons soutenu la réalisation de modélisations, l'installation de sondes de suivi de la salinité et des hauteurs d'eau puis le lancement d'expérimentations à grande échelle. En parallèle, des abreuvoirs et clôtures ont été installés pour éviter les divagations de bétail dans le cours d'eau. Cet exemple nous sert maintenant de référence pour montrer que de bonnes relations sont possibles entre des intérêts initialement divergents.

Vous avez également soutenu des actions dans le Coutançais.

Oui, la remise en état de la station d'épuration a été lancée grâce aux financements de la région Normandie. On dit toujours que l'amélioration de la qualité des eaux prend du temps et c'est vrai. La réfection de la station sera terminée sous trois à quatre ans. Mais ce temps long ne signifie pas qu'il ne faille rien faire ! En attendant la fin des travaux, l'urbanisme ne délivre plus aucun permis de construire dans cette zone. Nous avons également engagé une action en justice devant le tribunal correctionnel de Coutances pour une pollution intervenue début 2018 sur une pompe de relevage, et l'exploitant n'a pas fait appel de sa condamnation. Nous avons diffusé le jugement – rendu en juillet 2020 – à tous les CRC pour montrer que les démarches judiciaires peuvent aboutir. Je crois que tout le monde a désormais compris que nous attaquerions systématiquement en cas de pollution, si on ne nous prévient pas le plus tôt possible. Nous savons que le risque zéro n'existe pas mais les pollués ne sont pas les pollueurs et il est anormal que des producteurs qui proposent des produits sains subissent les conséquences des fermetures. Cette fermeté et ce travail de concertation en amont ont contribué au classement en zone A des secteurs de Blainville-sur-Mer et Gouville-sur-Mer.

Souhaitez-vous vous représenter pour un second mandat ?

Honnêtement, je ne sais pas. C'est un choix lourd de conséquences professionnelles, personnelles et familiales. Je prendrai ma décision en septembre-octobre.