Des installations facilitées

Le 04/10/2021 à 15:39

Depuis deux ans, la vente des chantiers conchylicoles est régulée. De quoi clarifier les négociations et faciliter l'arrivée de nouveaux conchyliculteurs.

Alors qu'il termine son stage de 280 heures au lycée d'Étel dans le Morbihan, Yann Morio s'y voit déjà : « Je vais faire de la dégustation. Les gens pourront manger des huîtres en regardant le coucher de soleil sur la rivière de Crac'h et admirer le Fort espagnol, ça sera superbe. » S'il peut se projeter avec sérénité, c'est grâce à l'entremise de la Safer, la Société d'aménagement foncier et d'établissement rural. L'organisme scrute les ventes de chantier et peut se positionner comme acquéreur. C'est ce qu'il a fait pour un chantier de Baden sur la ria d'Auray. Il l'a acheté et placé dans sa réserve foncière pour le vendre ensuite à un professionnel. La candidature de Yann Morio a été acceptée. Il a désormais deux ans pour lancer son activité et racheter le chantier conchylicole à la Safer. Le jeune homme avait suivi des études de commerce avant de se raviser : « Il n'y avait pas trop de perspectives et j'avais envie de grand air ». Il achètera le chantier 80 000 euros et estime devoir réaliser 50 000 euros de travaux. « Pendant un an ou deux, je vais travailler la semaine comme ouvrier conchylicole sur un autre chantier et le week-end je ferai les travaux. » Et aussi, les marchés. Il en a déjà trouvé un le samedi matin, devant une boulangerie. « Ça me donne le temps de me lancer sereinement ; c'est me laisser ma chance. »

Des dossiers comme celui-là, Philippe Le Gal, président du comité régional conchylicole de Bretagne sud, en voit de plus en plus : « Le CRC examine désormais entre six et sept projets d'installation par mois », s'enthousiasme-t-il. En 2019, la loi Pahun, du nom du député morbihannais Jimmy Pahun, est adoptée par l'Assemblée nationale. Elle autorise la vente de chantiers conchylicoles uniquement à des professionnels qui s'engagent à exercer pendant les dix années suivantes. Et elle interdit la vente d'un chantier à un acheteur extérieur à la profession pendant vingt ans. « Cette loi est peut-être un peu dure mais elle a le mérite d'avoir mis à plat la question de la transmission et de la valeur des biens », souligne Philippe Le Gal. Car il est arrivé que des chantiers soient vendus à des prix déconnectés du marché. La Safer tient un rôle de vigie en réalisant des estimations sur les biens et en s'assurant que les acquéreurs soient réellement des conchyliculteurs.

Dans le Morbihan, c'est Thierry Guého, technicien foncier à la Safer, qui mène les négociations entre acheteurs et vendeurs. En moyenne, une transmission se fait en deux ans. « Il faut prendre le temps d'écouter, de négocier et de convaincre », explique celui qui s'occupe d'environ dix dossiers conchylicoles par an. « Aujourd'hui, la loi s'impose et tous les professionnels de l'immobilier connaissent la loi Pahun. » Elle refroidit les ardeurs de transformer un chantier en hôtel et aplanit les relations entre professionnels. Avec les estimations des biens de la Safer, « Il y a plus de transparence pour le vendeur comme pour l'acheteur, ces estimations sécurisent les deux parties », sou-ligne Philippe Le Gal. Un constat que partage Thierry Guého de la Safer : « Le prix de la cession, c'est l'enjeu numéro un. Nous devons être exemplaires. »

D'autant plus que l'organisme entre de plus en plus dans les routines des professionnels lorsqu'il s'agit de vendre un bâtiment. « La Safer est devenue un outil banal, habituel », assure Philippe Le Gal. C'est bien ce que raconte également Yann Morio : « J'ai appris par hasard l'existence de la Safer et c'est vrai que maintenant, j'en entends parler de plus en plus. » Parmi ses camarades de formation au lycée d'Étel, ils sont plusieurs à vivre la même situation que lui, à s'être assis au bureau de Thierry Guého pour devenir propriétaire d'un chantier conchylicole. « Avant, l'installation, c'était le parcours du combattant, rappelle Philippe Le Gal. Quand on voit maintenant le nombre de projets de nouveaux arrivants, il est clair que la loi Pahun a eu un effet très positif. »

Julie Lallouët-Geffroy