Les algues prennent la toile

Le 04/10/2021 à 15:43

C'est l'histoire de travaux de recherche, publiés puis archivés, qui retrouvent une nouvelle vie en ligne, au coeur d'une initiative pour structurer et développer la filière des algues.

juin 2020, avec le soutien de la région Bretagne et de la Draaf. Il est accessible à tous mais une partie est réservée aux membres, qui peuvent aussi participer à des webinaires et à une formation en ligne de cinq semaines. « Nous souhaitons donner aux professionnels des clefs de compréhension et de savoir-faire pour traiter ce nouveau végétal », indique Hélène Marfaing, chercheuse en agroalimentaire et nutrition au Ceva, le Centre d'étude et de valorisation des algues. L'objectif de Sensalg' est d'arriver d'ici deux à trois ans à 200 membres pour financer le projet par les abonnements au site. Et une version anglophone vient de voir le jour. « Nous avons des demandes venues de pays européens mais aussi du Mexique, par exemple », indique Jean-Yves Thébaudin. Le site regroupe des articles de vulgarisation scientifique sur les expérimentations précédemment effectuées. « Nous avons fait différents essais de procédés, surgélation, séchage, pasteurisation et stérilisation, explique Véronique Bonnier, chargée de projet biotech au centre d'innovation technique IDMer à Lorient. Nous savons par exemple que les algues ont un bon comportement par rapport à la surgélation, ce qui n'est pas forcément le cas des plantes halophytes [soit adaptées au milieu salé]. » Les chercheurs souhaitent désormais étendre le spectre de ces expérimentations à d'autres techniques de conservation comme la lacto-fer-mentation. Ils sont ainsi entrés en contact avec Stéphane Mahé, créateur de l'entreprise costarmoricaine Algroup qui transforme des algues brunes locales. Et le 10 juin, lors d'une table ronde organisée au CFIA, le salon des fournisseurs de l'industrie agroalimentaire, l'équipe de Sensalg' a lancé un appel aux industriels pour tester de nouvelles techniques de conservation sur leurs lignes de production. Une incitation aux bonnes volontés formalisé dans un atelier participatif, actuellement ouvert aux candidatures sur le site de Sensalg', au côté de trois autres projets. Un deuxième atelier participatif concerne davantage les producteurs et scientifiques, avec pour objectif de caractériser la matière brute et adapter les procédés. Un troisième « relève d'un pari fou », note Hélène Marfaing. « Pourquoi ne ferions-nous pas une feuille de nori bretonne ? », ces feuilles d'algues servant à enrouler les makis en cuisine japonaise. « Nous avons le matériel, le savoir-faire et les process. Pourquoi ne pas lancer une filière locale ? » Enfin, le dernier atelier participatif concerne la facilitation d'accès à la ressource pour les industriels. « C'est le projet qui provoque pour l'instant le plus d'intérêt, note Hélène Marfaing. Nous n'avons pas vocation à constituer une place de marché mais, en fonction des besoins, nous pourrions chercher des financements pour faciliter la mise en réseau des producteurs, acheteurs et utilisateurs. » Cet été, l'équipe est donc occupée à qualifier les besoins en fonction des réactions suscitées par la publication de ces quatre ateliers participatifs. Un comité de pilotage a également été constitué, avec le cluster algues par exemple, pour avoir un avis extérieur sur la qualité du contenu traité.

 

Haude-Marie Thomas