La crevette impériale en quête de reconnaissance

Le 02/11/2021 à 11:01

Produite en Charente-Maritime depuis quelques dizaines d'année, la crevette impériale peine à se faire une place nationale.

La saison a été lancée autour de la mi-août pour les producteurs de crevette impériale des marais charentais. Un produit qui s'achète entre 27 euros et 32 euros le kilo chez certains ostréiculteurs charentais, principalement sur l'île d'Oléron, dans le bassin de Marennes, sur l'île de Ré et sur les rives de la Seudre. Même si certains les exportent ou les expédient sur le marché de Rungis, la commercialisation est avant tout locale. En effet, le fait qu'elles soient vendues exclusivement vivantes complique le réseau de distribution.

COHABITATION

Mais la production de ces crevettes n'a rien d'historique sur le territoire puisque les premiers élevages remontent aux années 1980, à la suite de travaux de recherche de l'Ifremer. Les larves de Penæus japonicus, qui peinent à cacher leurs origines asiatiques, sont achetées aux deux seuls écloseurs français situés à Mornac-sur-Seudre (Charente-Maritime) et à Leucate (Aude). Les petites crevettes sont ensuite placées dans les claires en avril, jusqu'au mois d'août, quand elles atteignent les 20 grammes minimum imposés par le cahier des charges. Une espèce élevée sans aucune alimentation extérieure et qui se nourrit des vers présents au fond des claires. Ses déplacements nocturnes favorisent d'ailleurs l'alimentation des huîtres en remettant le phytoplancton en suspension.

Les producteurs sont aujourd'hui fédérés autour de l'Association crevette impériale des marais charentais (Acrima), qui regroupe 32 adhérents (dont un dans le Médoc). Mais les ostréiculteurs sont certainement deux fois plus nombreux à les élever de leur côté, parfois uniquement pour leur consommation personnelle.

AUTOMNE

La production de l'Acrima avoisine chaque année les 120 à 130 tonnes, avec une période de commercialisation s'achevant généralement mi-octobre. Certains réussissent à prolonger la saison jusqu'en décembre malgré les baisses de températures.

Pour mieux faire connaître ce produit au grand public, la présidente de l'Acrima, Nadia Quillet, a commandé une campagne de communication qui sera dévoilée à l'automne. Au programme : des dépliants, une présence sur les réseaux sociaux, ainsi que des recettes pour guider les néophytes. Dans sa cabane de dégustation, sur les rives du chenal d'Arceau (Dolus-d'Oléron), cette ancienne restauratrice propose les crevettes impériales à la plancha, déglacées au vinaigre de salicorne. L'un des grands projets des années à venir consiste à travailler sur l'obtention d'une indication géographique protégée. En espérant suivre le chemin des ostréiculteurs qui ont décoché leur IGP Huîtres Marennes Oléron en 2009.

David Labardin

Un petit historique

Même si la création de l'Association crevette impériale des marais charentais (Acrima) remonte à 2001, les premiers élevages en Charente-Maritime ont vu le jour bien plus tôt, dans les années 1890. Un mouvement consécutif à des travaux de l'Ifremer qui planchait à l'époque sur de nouvelles espèces pouvant être élevées sur le territoire. Mais sans cahier des charges spécifique et en l'absence d'un travail collectif pour se mettre en valeur, les éleveurs ont rencontré de gros problèmes de commercialisation, peinant à se démarquer des crevettes « classiques » disponibles dans le commerce. Cette première tentative s'est soldée par un échec, puisqu'il ne restait qu'un seul producteur de crevettes impériales dans les années 1990. Le renouveau s'est amorcé en 2000 autour d'une dizaine d'ostréiculteurs. L'Acrima a vu le jour l'année suivante avec une véritable démarche qualité s'appuyant sur un cahier des charges : crevettes de 20 grammes minimum, avec interdiction de les nourrir, etc. Ils sont aujourd'hui 32 adhérents. Le Centre pour l'aquaculture, la pêche et l'environnement de Nouvelle-Aquitaine (Capena) les accompagne sur l'optimisation des techniques d'élevages. Une mission confiée à la conseillère aquacole Anne-Lise Bouquet.