La FAO affiche ses ambitions

Le 02/11/2021 à 11:09

Alors que la session sur l'aquaculture s'apprête à démarrer (les 15 et 18 novembre à Mérida, au Mexique), la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) a dressé un état des lieux exhaustif de la filière des algues.

Dans son rapport sur le secteur des algues, la FAO part du « consensus croissant que les ressources sauvages ne seront pas en mesure de fournir suffisamment d'algues pour satisfaire la demande future malgré les stratégies strictes de gestion dans de nombreuses régions ». Puis liste les obstacles persistants. L'un d'eux est « le nombre relativement restreint d'espèces » en culture, soit 27. Alors que les algues brunes comptent environ 2 000 espèces sauvages, les algues rouges plus de 7 200 et les algues vertes plus de 1 800 (pour, respectivement, 195, 345 et 125 espèces répertoriées comme comestibles par l'organisation). « En 2019, les algues brunes représentaient 47,3 % de l'algoculture mondiale en tonnage et 52 % en valeur et se concentraient sur deux espèces, Laminaria saccharina et Undaria pinnatifida, autrement appelée wakamé », précise le rapport. La France est le quatrième pays producteur de wakamé, loin derrière le trio de tête composé de la Chine, la Corée du Sud et le Japon. Dans le même temps, la culture d'algues rouges atteint 52,6 % en tonnage et 47,6 % en valeur. Elle est concentrée sur deux espèces d'eau chaude (Kappaphycus/Eucheuma et Gracilaria) et une d'eau froide, Porphyra, également connue sous le nom de nori. Contrairement aux deux premiers groupes, la croissance de la culture des algues vertes est orientée à la baisse depuis le début des années 1990. Les statistiques de la FAO enregistrent huit espèces cultivées.

Le rapport pointe aussi le fait que la nécessité d'augmenter la consommation humaine, pour une valorisation plus efficace et une meilleure rémunération du producteur, se heurte à une demande encore faible, hors Asie, et à des questionnements sanitaires qui ont pu freiner ce développement « sur de nouveaux marchés où les directives et réglementations en matière de sécurité alimentaire tendent à être plus strictes ». Le rapport souligne également que, si la plupart des algues cultivées sont principalement choisies pour leur intérêt en matière de gastronomie, la culture de Kappaphycus/Eucheuma fait exception à cette règle. C'est une société américaine de transformation d'algues pour la production de carraghénane, employé comme épaississant et gélifiant par l'industrie alimentaire, qui a lancé la production aux Philippines dans les années 60. Cette culture connaît un fort développement depuis une dizaine d'années

VULNÉRABILITÉ

Mais, pour avoir un développement comparable sur une nouvelle algue, il faudrait qu'une autre application non alimentaire se développe fortement. Et les auteurs du rapport émettent sur ce point des réserves. La FAO souligne également la vulnérabilité de l'algoculture en matière de semis, une problématique de « plus en plus cruciale dans des environnements dégradés, avec une hausse des températures et des épidémies à la fois plus fréquentes et plus graves ». Si l'achat de plantules à des écloseries spécialisées est désormais une pratique courante, ce n'est pas le cas pour Kappaphycus/Eucheuma, « cultivée par de nombreux petits producteurs qui dupliquent à partir de leur propre récolte ». La FAO redoute une dégénérescence des caractéristiques des algues par des boutures répétées sur les mêmes stocks. Or, « la qualité dégradée des plantules pourrait motiver l'introduction d'espèces non indigènes, qui présentent des risques pour la biodiversité et la biosécurité ». Le rapport pointe aussi un manque de connaissances scientifiques sur les algues rouges tropicales, dont le recrutement se fait sur site. Dans le cadre de ses travaux sur les ressources génétiques aquatiques lancés en 2019, la FAO développe un système d'information sur les algues en culture. La première version d'un rapport en préparation est disponible sur le site de la FAO.

Haude-Marie Thomas