Les conchyliculteurs méridionaux ont appris le 30 décembre la suspension des ventes des huîtres et des moules de Thau pour 28 jours en raison d’une forte présence de norovirus dans le milieu. Plusieurs Tiac (toxi-infections alimentaires collectives) avaient été détectées. L’État a fait rappeler les lots à partir du 22 décembre.

Alors que la période des fêtes n’était pas finie, la profession a accusé le coup, trois ans quasiment jour pour jour après une crise similaire. La filière pointe les délestages des réseaux d’assainissement, après les fortes pluies tombées entre le 19 et le 22 décembre avec deux facteurs aggravant : une très forte surcote marine et un courant rentrant.
Une flambée de colère
Le 5 janvier, des conchyliculteurs de Thau ont allumé des feux devant le siège du quotidien régional Midi Libre et insulté des personnels, accusant le titre d’acharnement médiatique. Le président du CRC de Méditerranée, Patrice Lafont, qui a condamné la violence de l’action dans les colonnes du quotidien, a fait toutefois front avec les ostréiculteurs sur le fond. Sur la page Facebook du CRC, il évoque un « mal-être collectif » et des articles à charge alors que l’intoxication aux huîtres n’avait pas été prouvée.
Le média régional a précisé de son côté que l’action est intervenue après un appel à mobilisation lancé par Joël Armentier, vice-président du syndicat du port du Mourre blanc et candidat Rassemblement national à la mairie de Mèze. Celui-ci reproche au journal « d’alimenter une psychose ». Il souhaitait aussi peser sur la réunion d’urgence prévue le lendemain en préfecture et aurait été suivi « après un vote collectif » a-t-il dit au Midi Libre , dont la direction a porté plainte.
Le président du CRC avait lui aussi porté plainte la veille mais pour mise en danger des consommateurs et contamination du milieu. « Nous voulons comprendre ce qu’il s’est passé, nous demandons un vrai travail d’investigation », explique le CRC Méditerranée.
Des mesures d’urgence
La réunion d’urgence en préfecture du 6 janvier a dessiné les premières lignes de soutiens financiers. « L’État et ses partenaires, notamment la Région Occitanie dans le cadre du contrat de filière, mobilisera l’ensemble des leviers pour aider la profession », a annoncé la préfecture de l’Hérault dans un communiqué. Les premières mesures cumulent exonérations et reports de redevances (portuaires, déchets, domaniales…), étalement de dettes fiscales et facilités de trésorerie. « Des mesures structurelles devront être accélérées et poursuivies pour prévenir de nouvelles crises, telles que l’amélioration des réseaux d’assainissement et du fluvial ainsi que le développement des réponses de mise à l’abri », souligne l’État. La profession doit aussi bénéficier d’une campagne de communication, financée par le Feampa.
Mais la précision par la préfecture que « la pollution du bassin aurait pour origine les deux évènements pluvieux des 15 et 16 décembre et du 21 au 23 décembre, avec des surplus d’eau non absorbés dans le réseau unitaire qui se seraient déversés dans le bassin, dans un contexte de norovirus infectieux présent dans les eaux usées » n’a cependant pas permis d’éclaircir la situation.
Par Hélène Scheffer
