Le Groupement Qualité Huîtres Marennes Oléron accueillait les Assises de l’origine sur la durabilité, organisées par l’Inao le 17 octobre à Bourcefranc-le-Chapus. Son directeur, Nicolas Brossard, s’est fendu d’une intervention très remarquée.
Label Rouge, IGP ou AOC, les représentants des principaux signes officiels de qualité se sont retrouvés le 17 octobre à Bourcefranc-le-Chapus. L’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) organisait ce jour-là ses troisièmes Assises de l’origine. Face à l’assemblée, le directeur du Groupement Qualité Huîtres Marennes Oléron, Nicolas Brossard, est venu expliquer la révision du cahier des charges de l’IGP Marennes Oléron en 2024, directement liée au changement climatique. « Si nous ne l’avions pas fait, nous ne serions pas là aujourd’hui », a-t-il expliqué.
La genèse de ce dossier, qui aura mis neuf ans à aboutir, remonte au début des années 2010. L’organisation de producteurs – à l’époque présidée par Jean-Pierre Suire (Saint-Just-Luzac) et aujourd’hui par Laurent Chiron (L’Éguille-sur-Seudre) – faisait face à de fortes chaleurs en automne et en hiver, entraînant des eaux plus chaudes dans les claires. Pour ne rien arranger, la pluviométrie battait des records en faisant drastiquement chuter la salinité.
Bilan des courses : des vagues de mortalités dans les claires qui ont considérablement ébranlé la profession. « L’huître n’est pas en capacité de supporter tous ces changements brutaux. Les ostréiculteurs nous disaient que le passage en bassins tuait les animaux, ce qui n’est bien évidemment pas l’objectif. Certains adhérents étaient sur le point de se détourner de l’affinage », a rembobiné Nicolas Brossard. Le Groupement craignait aussi quelques libertés vis-à-vis du cahier des charges de l’IGP.
L’organisation professionnelle se devait de réagir. Son idée ? Donner la possibilité aux ostréiculteurs d’affiner plus rapidement leurs huîtres en cas de risques de mortalités mais avec des densités drastiquement revues à la baisse. Ses dirigeants ont plaidé pour un affinage hivernal pouvant passer à deux ou trois semaines (au lieu de quatre) selon le couple durée/densité choisi. En clair : donner davantage de souplesse aux ostréiculteurs pour mieux réagir face au changement climatique.
« Il y a eu de longues discussions avec l’Inao, c’était un peu compliqué au début », s’est souvenu Nicolas Brossard. Le Groupement s’est notamment appuyé sur la capacité des huîtres à filtrer davantage d’eau si cette dernière est plus chaude. Des tests ont bien sûr été réalisés pour s’assurer du résultat final avec ces nouvelles règles d’affinage « à la carte ». Lancée en 2015, la révision du cahier des charges de l’IGP Marennes Oléron a finalement été entérinée début 2024.
Désormais, le Groupement Qualité Huîtres Marennes Oléron se lance un nouveau défi : la valorisation économique de l’affinage pour assurer la rentabilité des entreprises. « Ce sera l’un des grands axes de travail des prochaines années », soulignait Laurent Chiron dans les allées des Assises de l’origine, lui qui sera candidat à un troisième mandat.
Pour aider les professionnels dans leurs négociations avec la GMS, l’organisation de producteurs diffuse déjà des coûts de revient à ses adhérents. Ils atteignent ainsi 5,60 euros/kg cette année, en incluant la production (3 euros), l’affinage (0,60 euro) – dont l’acquisition et l’entretien des marais –, ainsi que le conditionnement en petits colis (1,70 euro). Pour davantage de précision, une application est en train d’être développée. Chaque adhérent pourra évaluer son coût de revient personnalisé en y incluant différents paramètres. Testée en fin d’année, cette application sera pleinement opérationnelle l’année prochaine.
David Labardin
