Aux algues, et cætera.

Le 28/06/2021 à 13:50

Nadège Bénard-Capelle, passionnée d'algues, mène le projet Porphyra au cœur des concessions conchylicoles de la Manche. Cette expérimentation a pour but d'approfondir les connaissances sur les algues afin de développer cette filière embryonnaire en Normandie.

Enfant, les algues avaient tendance à presque m'effrayer lors de mes sorties plage », sourit la jeune femme, malgré la pluie qui s'abat sur la plage de Donville-les-Bains. « Puis je me souviens qu'une fois adolescente, j'ai été surprise, en lisant les magazines Reader's Digest ces revues anciennes généralistes qui appartenaient à mon grand-père, d'apprendre que l'on pouvait utiliser des algues dans l'alimentation au même titre que les légumes ! », explique-t-elle, décrivant presque un déclic. Cette idée fixe ne l'a pas quittée tout au long de son parcours scolaire. Pour autant, une fois arrivée sur le marché du travail, impossible de trouver un poste autour de l'algue. « Je suis alors devenue enseignante en horticulture et formatrice au centre de formation professionnelle agricole pour les ostréiculteurs. J'ai aussi formé des pêcheurs à pied professionnels et j'enseigne encore au lycée public agricole de Coutances », continue Nadège Bénard-Capelle.

ALIMENTATION En parallèle, elle crée l'association Algues & Cie en 2013, à travers laquelle elle réalise des ateliers autour des algues mais produit aussi des petits pots de terrines qu'elle commercialise notamment sur les marchés. « L'idée est vraiment de ne pas faire de la cosmétique ou du complément alimentaire mais réellement de l'algue à consommer », précise-t-elle, fidèle à son déclic adolescent. L'association propose les sorties “popotalgue”, pour découvrir les algues sur les plages et s'initier ensuite à leur cuisine en atelier. « En Normandie, je suis la seule personne autorisée à ramasser des algues légalement, rappelle Nadège Bénard-Capelle. Mon autorisation porte sur 150 kilos à l'année, ce qu'un pêcheur à pied fait en Bretagne en une marée par exemple. On ne peut pas tout ramasser non plus, une quinzaine d'espèces sont autorisées. En revanche, toutes les algues sont comestibles. »

Mais cela po

avons comme ambition de mettre au point un protocole de culture et d'accompagner Nadège Bénard-Capelle pour lui permettre d'être autonome sur la production de Porphyra », glisse ainsi Tristan Le Goff, ingénieur de projet au Ceva. « Les recherches engagées ici vont alimenter nos connaissances sur les espèces présentes dans le Cotentin et permettre le contrôle de leurs cycles de reproduction en écloserie », ajoute-t-il. L'expérimentation, qui a débuté en décembre, permettra à Nadège Bénard-Capelle de pouvoir enseigner la culture d'algues mais aussi peut-être de créer son exploitation. « Trouver un espace pour installer des parcelles sur le littoral sera l'une de mes futures problématiques », tempère-t-elle, consciente de la rareté des opportunités. Avec l'objectif ensuite de proposer de la co-culture d'algues et coquillages : « L'intégration d'une activité d'algoculture rentable doit s'envisager comme une valeur ajoutée », souligne Tristan Le Goff, confiant. Affaire à suivre donc.