Des changements irréversibles

Le 15/07/2021 à 10:31

Dans le cadre des travaux du polder de Brest, les chercheurs de l'Ifremer ont pu cerner un tournant majeur en matière d'émissions de microalgues toxiques.

Les équipes de l'Ifremer viennent de publier dans la revue Current Biology une étude majeure pour comprendre les efflorescences de microalgues toxiques. Elle montre que les pollutions humaines – pour la rade de Brest, les métaux lourds issus des bombardements alliés lors de la seconde guerre mondiale puis les PCB avec l'agriculture intensive – peuvent changer radicalement la composition du plancton marin. Des résultats obtenus dans le cadre du projet Palmira, lancé en 2017 à la demande de la région Bretagne pour savoir si les travaux effectués sur le nouveau polder du port de Brest risquaient de favoriser des efflorescences de la microalgue toxique Alexandrium minutum. L'étude a prouvé que les travaux présentaient effectivement un risque avéré de remettre en suspension cette microalgue, avec pour recommandation de ne pas effectuer les dragages en hiver, quand les conditions sont favorables à ces efflorescences. Les chercheurs ont aussi montré par cette publication que l'étude de l'ADN ancien ou paléogénétique, une technique déjà éprouvée dans le milieu terrestre et l'eau douce, pouvait être appliquée pour les écosystèmes côtiers.

« Nous avons prélevé des carottes de sédiments de plusieurs mètres à bord du navire océanographique Thalia, en trois points de la rade de Brest, indique Raffaele Siano, biologiste à l'Ifremer et spécialiste en écologie moléculaire des micro-organismes. Chaque carotte a été découpée le jour même, comme un saucisson, centimètre par centimètre, avec des extractions d'ADN à chaque tranche et d'infinies précautions pour ne pas contaminer nos échantillons avec de l'ADN contemporain lors des analyses. » Les scientifiques ont retracé le cocktail d'espèces planctoniques pré-sentes dans l'eau depuis environ 1 400 ans.

C'est à ce moment-là qu'ils ont pu retracer un premier virage avec la seconde guerre mondiale et un changement important à partir des années 80 : l'augmentation de l'abondance de microalgues toxiques, notamment le dinoflagellé Alexandrium minutum qui produit des toxines paralysantes. Trois genres de microalgues toxiques sont suivis par l'Ifremer en France : Dinophysis qui produit des toxines diarrhéiques et dont les épisodes sont les plus fréquents, Pseudo-nitzschia, pour les toxines amnésiantes et Alexandrium pour les toxines paralysantes. « On s'attendait à trouver un changement des communautés de microalgues sur les dernières décennies, mais pas forcément un changement aussi drastique en remontant jusqu'à la seconde guerre mondiale », conclut Raffaele Siano.