Une mytilicultrice sur la corde

Le 04/10/2021 à 15:47

Entre les mortalités et une trésorerie amoindrie, la mytilicultrice travaille seule, faute d'avoir trouvé un salarié pour l'épauler tout au long de l'année.

Sourire en coin et le regard soucieux, Marion Chevalier traverse, comme bon nombre de ses confrères et consœurs, une période tumultueuse. Entre le Covid-19 et les mortalités dues aux daurades, il faut faire le dos rond et attendre que ça passe. « Nous avons eu 50 % de mortalité l'an dernier. Du jamais vu, alors que je suis la troisième génération de la famille à faire ce métier. Ça inquiète tous les professionnels de la baie », lance dans un soupir Marion Chevalier, installée à Saint-Cast-Le-Guildo dans les Côtes-d'Armor. Pour éviter que ça ne recommence, elle imagine et invente des systèmes pour empêcher les daurades de se régaler de ses petites moules accrochées aux cordes.

« Il faut savoir tout faire pour être dans le métier », lance-t-elle. Le clou entre les dents, elle assemble deux bouts de bois en forme de T. « J'installe un filet autour des cordes, particulièrement au-dessus pour empêcher les daurades d'approcher. Mais ce qui m'inquiète, c'est le poids du filet. » Il pourrait s'affaler sur les cordes et gêner la croissance des moules. Sa mère donne un coup de main pour cette installation digne de MacGyver. Alors que Marion enfile sa combinaison, Marylène reste en short tout en gardant la veste de quart. Toutes les deux scrutent les cordes, le filet, le T, « attends, on va enfiler le filet comme ça », « non, plutôt comme ça ». En une heure, la nouvelle installation du filet est mise en place. Un collègue voisin vient jeter un œil, curieux, intéressé. Lui aussi est confronté aux mortalités. « Tout le monde s'inquiète, on n'a jamais vu un taux de mortalité comme ça », raconte Marion.

Ceci s'ajoute à une année sacrément chahutée par la crise sanitaire. Marion Chevalier vend la plupart de ses moules en gros et demi-gros. Même si elle a perdu quelques marchés, globalement, elle a pu maintenir ses ventes depuis un an. Il faut dire que la saison des moules est tombée entre les deux premiers confinements et que les ventes dans la grande distribution ont très bien fonctionné, en particulier les moules en barquette. C'est le report de la restauration vers les rayons libre-service. Ainsi vendues, ces moules sont un produit familial et simple à cuisiner. « Une fois, un monsieur en Corse m'a appelé pour me féliciter pour mes moules », sourit Marion, pas peu fière.

La conchylicultrice élève également des huîtres, en complément de son activité mytilicole. Elle a un parc de 50 ares avec 3 000 poches. Elle ne fait pas de captage et préfère acheter du 18 mois. Elle vend sa production au détail, en demi-gros et aussi un peu au-delà de nos frontières. « En décembre, j'ai perdu un client à l'étranger. Un coup dur. J'espère pouvoir le retrouver. » En revanche, s'il y a bien des clients qu'elle n'a pas perdus, ce sont les fidèles qui viennent récupérer leurs marchandises sur le chantier. Il est ouvert au public tous les matins, toute l'année. Pas de marché ni de livraison. Marion ne compte pas développer la vente directe. « Je n'ai pas le temps de faire les marchés. Je travaille seule et heureusement que ma mère est là pour me donner un coup de main. » L'an dernier, elle avait embauché pour la saison un jeune homme qui venait d'avoir son bac. Elle comptait le salarier sur toute l'année mais le Covid-19 est passé par là, sa trésorerie s'est réduite. Elle a pu toucher des aides en novembre, janvier, février et mars : « Ça m'a soulagé. » Mais l'embauche, elle, s'est envolée. Le jeune homme a mis les voiles jusqu'en Vendée où il a trouvé un emploi. Malgré ces aléas, la mytilicultrice tient bon et travaille seule tout en cherchant de nouveau un salarié à embaucher à l'année pour l'épauler.

Julie Lallouët-Geffroy