Néoplasie: des recherches rassurantes

Le 02/11/2021 à 10:57

D'abord alarmantes, les dernières découvertes à propos de la néoplasie hémocytaire des mollusques sont plus rassurantes, même si la maladie reste mal connue.

Découverte en 2015, la néoplasie s'apparente à une leucémie qui touche la lymphe. Elle concerne une quinzaine d'espèces animales, dont les moules. « Il y a cinq ans, nous avons prouvé le caractère transmissible de cette maladie », retrace Maurine Hammel qui l'étudie pour son doctorat en biologie, au laboratoire du directeur de recherche Nicolas Bierne (université de Montpellier-Isem, CNRS). « Les cellules passent vraisemblablement de proche en proche dans l'eau. Mais la suite des études a montré que ces cellules infectées n'étaient pas à l'origine des fortes mortalités récentes. Nos derniers résultats trouvent une très faible prévalence », explique la scientifique qui conclut : « La néoplasie est sans doute un cancer très ancien qui ne met pas en danger les élevages. »

Pour son étude, publiée le 30 juin dans la revue Molecular Ecology, Maurine Hammel a analysé 5 907 moules européennes prélevées sur les côtes françaises, espagnoles ou néerlandaises entre 2005 et 2019. Seules 25 étaient porteuses de la néoplasie, soit moins de 0,5 % de l'échan-tillon. Parmi elles, 22 edulis de Manche et d'Atlantique, deux galloprovincialis, et une hybride. « Ce qui fait, pour edulis, un ratio de moules malades de 1/100, détaille la jeune scientifique. Il tombe à 1/1 000 pour la galloprovincialis»

«LA MALADIE RESTE CHARGÉE DE MYSTÈRES »

Autre découverte, deux lignées de la néoplasie coexistent dans le monde. Ces lignées se retrouvent dans le Pacifique canadien, au Chili, au Japon et en Europe pour la numéro 2. Mais cette lignée a elle-même deux variants « qui coexistent sur les mêmes façades », s'étonne Maurine Hammel. L'origine de ces deux lignées serait très ancienne, liée à la propagation de la maladie via Mytilus trossulus. « Les variants BTN2 A et B, eux, ne sont pas de nouvelles émergences, mais on ne sait pas encore où ils sont nés », précise la scientifique.

La maladie reste chargée de mystères. « La cellule est quatre fois plus grosse qu'une cellule normale de moule. Comment pénètre-t-elle le coquillage ? » En laboratoire, des durées changeantes ont été relevées pour infecter les tissus de la moule, avec parfois des rémissions. « Comment la cellule devient-elle transmissible ? D'un point de vue évolutif, cela pose beaucoup de questions », ajoute la scientifique.

Hélène Scheffer